Journée internationale de l’ADN – 25 avril 2026

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Le RAQ met en lumière des projets de recherche qui utilisent l’ADN pour protéger les espèces nordiques et marines

En cette Journée internationale de l’ADN, le RAQ célèbre la puissance de cette molécule essentielle à la vie et met en avant des projets de recherche menés par ses membres de l’Université Laval. Cette année, nous vous emmenons dans l’arctique canadien et sur les côtes de l’Atlantique pour découvrir comment l’ADN permet de mieux comprendre, mieux suivre et mieux protéger des espèces d’intérêts.


L’ADN, ou acide désoxyribonucléique, est la molécule qui porte l’information génétique de tous les êtres vivants. Présent dans chaque cellule, il contient les instructions nécessaires au développement, au fonctionnement et à la reproduction des organismes.
Composé de quatre nucléotides (A, T, C et G), l’ADN forme une double hélice dont la séquence détermine les gènes, et donc les caractéristiques propres à chaque espèce.

L’ADN joue notamment deux rôles essentiels :

  • la production de protéines, via la transcription en ARN puis la traduction ;
  • la transmission du matériel génétique, lors de la division cellulaire et de la reproduction.

Aujourd’hui, les outils moléculaires permettent d’explorer l’ADN sous toutes ses formes — génomique, transcriptomique, métagénomique, ADN environnemental — ouvrant la voie à des avancées majeures en écologie, conservation et aquaculture.

 Ces outils moléculaires, qui transforment notre façon d’étudier le vivant, sont aujourd’hui au cœur de nombreux projets menés par les membres du RAQ. Cette année, nous vous présentons les recherches de scientifiques du RAQ quil illustrent parfaitement comment l’ADN peut devenir un véritable allié !


Par Marjolaine Naud, étudiante à la maîtrise, Université Laval (sous la direction de Jean‑Sébastien Moore)

Imaginez tenter de suivre un poisson dans l’immensité de l’Arctique canadien : sous la glace, dans des rivières isolées, au cœur de l’hiver ou lors de la débâcle. Une mission presque impossible… sauf si l’on sait où chercher les indices. Car chaque poisson laisse derrière lui une signature invisible : de l’ADN libéré dans l’eau, à travers son mucus, ses déjections ou ses cellules.

C’est ce qu’on appelle l’ADN environnemental (ADNe) — une méthode révolutionnaire qui permet de détecter une espèce simplement en prélevant un échantillon d’eau. Marjolaine Naud utilise cet outil pour suivre l’omble chevalier (Salvelinus alpinus), un poisson essentiel aux communautés Inuit. Chaque été, certains individus migrent en mer pour s’alimenter avant de revenir en eau douce pour se reproduire.

©Marjolaine Naud

Marjolaine Naud utilise cet outil pour suivre l’omble chevalier (Salvelinus alpinus), un poisson essentiel aux communautés Inuit. Chaque été, certains individus migrent en mer pour s’alimenter avant de revenir en eau douce pour se reproduire.

Pour vérifier si les traces d’ADN reflètent réellement ces migrations, Marjolaine compare les résultats de l’ADNe à ceux de la télémétrie acoustique, une méthode qui consiste à implanter par chirurgie un petit émetteur dans le ventre des poissons afin d’enregistrer précisément leurs déplacements. Cette double approche permet de mieux comprendre comment l’omble chevalier réagit à un Arctique qui se réchauffe rapidement, et d’offrir aux communautés nordiques des outils de suivi non invasifs, adaptés à leurs réalités et à leurs besoins.

À Ikaluktutiak — « a place of many fish » — l’omble chevalier occupe une place centrale depuis des générations. Mais les changements climatiques rendent ses migrations de plus en plus imprévisibles. Pour mieux comprendre ces déplacements, l’équipe de Jean‑Sébastien Moore collabore avec les membres de la communauté afin d’explorer comment l’ADNe peut être utilisé directement sur le terrain.

La vidéo suivante montre concrètement :

  • comment les échantillons d’eau sont prélevés,
  • comment l’ADNe est filtré et extrait,
  • et comment ces traces permettent de détecter la présence des ombles sans jamais les capturer.

🎥 Vidéo


Par Amanda Xuereb, chercheuse post-doctorale à l’Institut de Biologie Intégrative et des Systèmes (IBIS), Université Laval (en collaboration avec Jean‑Sébastien Moore)

MSX (pour multinucleate sphere unknown X) est une maladie causée par le parasite Haplosporidium nelsoni. Elle infecte l’huître américaine (Crassostrea virginica)**, une espèce essentielle aux écosystèmes côtiers et à l’industrie conchylicole.
Si la maladie ne présente aucun risque pour l’humain, ses effets sur les populations d’huîtres sont catastrophiques : plus de 90 % de mortalité lors des éruptions.

La découverte du MSX à l’Île‑du‑Prince‑Édouard en 2024 représente une menace majeure pour l’aquaculture canadienne.

Le projet d’Amanda Xuereb vise à identifier les régions du génome associées à la résistance au MSX. Pour cela, son équipe suit la croissance et la survie d’huîtres exposées au parasite, puis séquence leur ADN afin de repérer les variations génétiques liées à une meilleure résistance.

Ces informations permettront d’intégrer la résistance au MSX dans des programmes de sélection génétique, offrant ainsi une réponse rapide et durable à cette menace émergente.
Un travail essentiel pour protéger une industrie clé du Canada atlantique et assurer la résilience des populations d’huîtres sauvages et d’élevage.

©Amanda Xuereb

Par Philippe Hénault, étudiant au doctorat, Université Laval (sous la direction de Jean‑Sébastien Moore)

L’ADN pour la gestion de pêcheries commerciales

Les pêcheries commerciales en haute mer ou dans de grands lacs se concentrent souvent dans des zones productives utilisées par des poissons appartenant à plusieurs populations. Par conséquent, les stocks de pêches se composent donc souvent d’un mélange de populations qui peuvent différer en termes de productivité, de dynamique démographique et de résilience à la pêche et aux fluctuations environnementales. Ainsi, les mesures de gestion des pêches, qui sont souvent évaluées sans tenir compte de ces différences, peuvent sous-estimer ou surestimer la productivité des stocks. À long terme, cela peut mener à l’extirpation de certaines populations peu productives ou à la sous-utilisation de certaines populations plus résilientes aux activités commerciales.

L’ADN s’avère indispensable dans un contexte de pêcheries mixtes, car il permet d’évaluer l’apport de différentes populations de poissons aux stocks de pêche. Par exemple, un chapitre de ma thèse visait à évaluer la contribution relative de différentes populations de grand corégone aux pêcheries commerciales du Grand Lac des Esclaves. Pour ce faire, j’ai d’abord évalué la structure génétique des populations de grand corégone en séquençant l’ADN de poissons capturés à dix sites de fraie. Cette analyse a permis d’identifier qu’au moins huit populations génétiquement distinctes de grand corégone pourraient contribuer aux pêcheries commerciales dans ce lac. Par la suite, j’ai comparé le profil génétique des poissons capturés lors d’activités commerciales à celui des poissons provenant des huit populations sources pour estimer leur contribution relative aux pêches. Ainsi, j’ai pu démontrer que la contribution des différentes populations de corégones varie considérablement entre les aires de gestion. Certains stocks commerciaux sont composés de poissons d’une seule population, tandis que d’autres sont plutôt constitués d’un mélange de plusieurs populations.

Source: Pêche et Océan Canada

L’ADN pour la gestion de pêches de subsistance

L’ADN est également un outil indispensable afin d’estimer l’apport de différentes populations anadromes de grand corégone et d’omble de fontaine aux pêches estivales de subsistance de plusieurs communautés Cries de la baie James. C’est un enjeu non négligeable pour la pérennité de ces pêcheries de subsistance des communautés.

Ces analyses ont permis d’estimer que jusqu’à 10 % des poissons pêchés dans le sud de la baie James proviennent de rivières situées plus au nord. En revanche, les pêcheries de subsistance des communautés du nord de la baie ne pêchent pas de poissons provenant de rivières situées au sud de la baie James. Dans ce contexte, cette étude démontre que la gestion des pêches par les différentes communautés côtières de la baie James doit tenir compte de la dynamique migratoire asymétrique des populations de poissons.

Photo Jean-Sébastien Moore

Nous célébrons non seulement une molécule fondamentale, mais aussi les chercheuses et chercheurs qui l’étudient pour mieux comprendre et protéger la vie.
Un grand merci à Marjolaine Naud, Amanda Xuereb et Philipe Hénault pour leur contribution au rayonnement des travaux de recherche du RAQ.


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